
« Tout otorite, madanm pitit otorite, dwe viv nan peyi a, nan depatman oubyen komin li reprezante a.»
Haïti traverse aujourd’hui l’une des crises politiques et institutionnelles les plus profondes de son histoire contemporaine. L’effondrement de l’État, l’insécurité généralisée, la mauvaise gouvernance et l’absence de perspectives pour la majorité de la population ont fini par provoquer une prise de parole citoyenne de plus en plus directe, notamment sur les réseaux sociaux. C’est dans ce contexte tendu qu’une campagne de sensibilisation lancée par Nègès Thoy’Art a récemment suscité un vif débat national.
Le message est sans détour :
« Tout otorite, madanm pitit otorite, dwe viv nan peyi a, nan depatman oubyen komin li reprezante a.»
Cette déclaration vise directement les futurs candidats aux prochaines élections, en dénonçant une pratique devenue courante : gouverner un pays que l’on ne vit pas au quotidien. Pour de nombreux citoyens, cette exigence est légitime. Comment comprendre la souffrance d’un peuple, l’insécurité, la misère et l’effondrement des services publics lorsqu’on vit à l’étranger ou dans des zones protégées, loin de la réalité de la majorité ?
Cependant, ce message n’a pas été bien accueilli par tous. L’ex-sénateur Edo Zénith a réagi vivement, affirmant :
« M ka pran bal, men fòk mwen pwoteje madanm ak pitit mwen. »
Plus loin, il a ajouté une phrase qui a profondément marqué l’opinion publique :
«Malere, pa fè peyi, malere travay ak moun…»

Ces propos, bien que perçus comme blessants par une grande partie de la population, reflètent une réalité brutale du système politique haïtien : la gouvernance est souvent confisquée par une élite déconnectée des masses, tandis que la majorité vit dans une précarité extrême. Cette déclaration, même si elle choque, met en lumière une fracture sociale profonde entre les dirigeants et le peuple.
La crise actuelle ne se limite pas à un simple conflit de discours. Elle est le résultat de décennies de mauvaise gestion, de corruption, d’irresponsabilité politique et d’abandon des institutions publiques. L’insécurité empêche les enfants d’aller à l’école, les hôpitaux fonctionnent au ralenti, et des quartiers entiers sont livrés à la violence des gangs armés. Pendant ce temps, beaucoup de décideurs continuent de prendre des décisions à distance, sans subir directement les conséquences de leurs choix.
La campagne de Nègès Thoy’Art s’inscrit donc dans une dynamique de réveil citoyen. Elle pose une question fondamentale : peut-on diriger un pays sans y vivre réellement ? La protection de la famille est un droit légitime, mais elle ne devrait pas servir de justification à l’abandon du devoir moral et politique envers la population.
Aujourd’hui plus que jamais, Haïti a besoin de dirigeants responsables, courageux et solidaires, prêts à partager le sort du peuple qu’ils prétendent représenter. La crise politique actuelle n’est pas seulement une crise de pouvoir, mais une crise de confiance. Et cette confiance ne pourra être restaurée que par une gouvernance ancrée dans la réalité nationale, la transparence et le respect du peuple haïtien.

De la dénonciation à l’exigence de redevabilité.
Au-delà du débat suscité par cette campagne, une question essentielle demeure : comment transformer cette indignation populaire en mécanisme réel de redevabilité politique ? La parole citoyenne, aussi forte soit-elle, doit désormais s’accompagner d’exigences claires et mesurables. Vivre dans le pays que l’on aspire à diriger ne devrait pas être un simple slogan moral, mais un critère politique assumé, inscrit dans les pratiques et les règles du jeu démocratique.
Cette crise révèle aussi la nécessité de redéfinir le contrat social haïtien. Le peuple ne réclame pas des héros, mais des dirigeants accessibles, responsables et redevables, capables d’assumer les risques liés à la fonction publique au même titre que les sacrifices quotidiens imposés à la population. Gouverner ne devrait plus être perçu comme un privilège à distance, mais comme un engagement total, ancré dans la réalité nationale.
Enfin, cette mobilisation citoyenne rappelle que le changement ne viendra pas uniquement des élites traditionnelles. La jeunesse, les artistes, les intellectuels, la société civile et même la diaspora ont un rôle crucial à jouer pour imposer de nouveaux standards de leadership. Haïti ne manque ni de talents ni de conscience politique ; elle manque de dirigeants prêts à rompre avec les pratiques du passé.
Ainsi, la crise actuelle peut aussi devenir une opportunité historique : celle de refonder la gouvernance haïtienne sur la proximité avec le peuple, la dignité humaine et le sens du devoir. Car diriger Haïti, aujourd’hui, ce n’est pas seulement exercer le pouvoir c’est partager le destin d’un peuple en quête de justice, de sécurité et d’avenir.
radiomfmplus@gmail.com
René Josué

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