La Russie a revendiqué, ce jeudi matin, une vaste série de frappes contre des « cibles militaires » en Ukraine, affirmant avoir atteint tous ses objectifs. Selon le ministère russe de la Défense, une « frappe groupée » aurait visé des installations du complexe militaro-industriel ukrainien ainsi que plusieurs bases aériennes. Moscou insiste : « seules des infrastructures militaires ont été ciblées ».
Mais sur le terrain, le bilan humain est une fois de plus lourd. Au moins treize personnes ont été tuées, dont plusieurs enfants, et des dizaines d’autres blessées dans la capitale, Kyiv, ainsi que dans les régions de Dnipropetrovsk et Kharkiv. L’attaque s’est déroulée dans la nuit de mercredi à jeudi et a mobilisé 629 drones et missiles, selon les autorités ukrainiennes. Une des offensives les plus massives depuis le début du conflit.
Destruction massive, colère croissante
Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des immeubles éventrés, des véhicules calcinés et des habitants en état de choc, tentant de dégager les décombres à mains nues. À Kyiv, les sirènes d’alerte ont retenti pendant plus de cinq heures. Les équipes de secours, mobilisées toute la nuit, poursuivent encore ce jeudi matin les opérations de recherche dans plusieurs quartiers touchés.
« Ce que nous vivons n’a rien de militaire, » déclare Olena, 43 ans, rescapée d’un immeuble frappé dans le district de Solomyansky. « C’est notre quotidien, notre famille, nos enfants qu’on attaque. »
L’armée ukrainienne affirme avoir intercepté plus de 500 engins au-dessus du territoire, mais certains ont échappé au système de défense, frappant des zones résidentielles et des infrastructures civiles essentielles.
L’Occident condamne une attaque « barbare »
La réaction internationale ne s’est pas fait attendre. Le président français Emmanuel Macron a dénoncé sur le réseau social X une « attaque insensée d’une grande cruauté », qualifiant la frappe de « terreur ».
« 629 missiles et drones en une nuit sur l’Ukraine : voilà la volonté de paix de la Russie. Terreur et barbarie. Plus d’une dizaine de morts, dont des enfants. »
« Je condamne avec la plus grande fermeté ces frappes meurtrières et j’exprime mon soutien total au peuple ukrainien ainsi que ma compassion profonde aux familles endeuillées. »
D’autres capitales européennes, dont Berlin et Varsovie, ont immédiatement réagi, appelant à un durcissement des sanctions et à un soutien militaire accru à Kyiv, notamment en matière de défense anti-aérienne.
Moscou persiste dans sa ligne : « uniquement des cibles militaires »
Malgré les preuves accumulées de frappes sur des zones civiles depuis plus de deux ans, la ligne officielle du Kremlin reste inchangée. Dans un communiqué, le ministère russe de la Défense affirme que « toutes les cibles désignées ont été détruites avec précision », évoquant la neutralisation de centres de commandement, dépôts de munitions, sites de production de drones et bases aériennes.
La Russie accuse régulièrement l’Ukraine de « militariser des infrastructures civiles », ce que Kyiv réfute systématiquement. Pour les ONG et observateurs internationaux, ces attaques s’inscrivent dans une stratégie plus large de déstabilisation psychologique de la population et de pression politique sur les alliés de l’Ukraine.
Une escalade qui interroge les intentions de Moscou
Cette nouvelle salve de frappes soulève une fois encore une question centrale : la Russie cherche-t-elle réellement une sortie diplomatique ? Pour de nombreux analystes, les actions militaires du Kremlin contredisent ses discours sur une éventuelle paix négociée.
« En bombardant à cette échelle, Moscou semble vouloir épuiser l’Ukraine, tout en testant la capacité de l’Occident à continuer son soutien, » estime Anton Vasylev, expert en sécurité au centre Razumkov, à Kyiv.
Pendant ce temps, le peuple ukrainien, déjà meurtri, poursuit sa résistance dans un climat de tension extrême. Chaque nuit devient un combat pour la survie, chaque jour, une reconstruction fragile.
Une guerre qui dure, un coût humain insoutenable
Plus de deux ans après le début de l’invasion à grande échelle, la guerre en Ukraine est loin d’être figée. Elle évolue, s’intensifie, s’étend. Les attaques comme celle de cette nuit rappellent que ce ne sont pas que des infrastructures qui sont visées, mais des vies humaines, un peuple, une mémoire collective.
La question reste entière : jusqu’à quand ?