La gestion de l’Administration générale des Douanes (AGD) est au cœur d’une nouvelle controverse majeure. Dans une note de dénonciation rendue publique ce 27 avril, le Réseau haïtien des journalistes anti-corruption met en cause la direction actuelle de l’institution et exige le départ immédiat de son directeur général, Gérald Remplais.
Des pratiques dénoncées autour des conteneurs abandonnés
Au centre des accusations figure la gestion de plus de 1 500 conteneurs considérés comme abandonnés. Selon le RHAJAC, ces cargaisons auraient été mises en vente sans inspection préalable, en contradiction avec les règles de contrôle normalement en vigueur.
Le réseau évoque la présence, dans certains de ces conteneurs, de produits prohibés ainsi que de véhicules volés en provenance des États-Unis. Certains de ces véhicules auraient été modifiés — démantelés ou dotés de numéros de série altérés — avant d’être introduits sur le marché haïtien, puis transférés vers la République dominicaine.
Si ces faits étaient confirmés, ils soulèveraient des enjeux majeurs en matière de sécurité nationale, de traçabilité des marchandises et de lutte contre les circuits illicites.
Favoritisme et tensions internes
Au-delà des opérations commerciales, le RHAJAC dénonce un système de gestion interne marqué par le clientélisme. Près de 400 nouveaux employés auraient été recrutés dans des conditions jugées opaques, tandis que plus de 350 anciens contractuels, certains en poste depuis plus de dix ans, seraient restés sans rémunération depuis environ huit mois.
Cette situation a contribué à un climat de tension croissante au sein de l’institution. Le réseau fait état de frustrations et de mobilisations observées le 27 avril 2026, traduisant un malaise profond parmi le personnel.
L’AGD constitue l’un des piliers du fonctionnement économique de l’État haïtien, assurant une part importante des recettes publiques et jouant un rôle clé dans la régulation des échanges commerciaux.
Pour le RHAJAC, les pratiques dénoncées traduisent une dérive préoccupante. L’institution, censée protéger les intérêts économiques du pays, serait au contraire exposée à des logiques d’opacité et de gestion contestée.
Des demandes précises et immédiates
Face à cette situation, le réseau formule plusieurs exigences :
- Le départ immédiat de Gérald Remplais de la direction générale ;
- La suspension des ventes de conteneurs abandonnés et la mise en place d’un contrôle exhaustif ;
- La réalisation d’un audit complet sur les nominations au sein de l’AGD ;
- Le paiement immédiat et la régularisation des anciens contractuels ;
- L’engagement de poursuites contre plusieurs responsables cités, notamment Rémy Pierre, Frantz Jean-Baptiste et Markendy Verneau, ainsi que contre tout réseau impliqué dans des pratiques de corruption, de trafic ou de favoritisme.
Silence officiel et attentes
À ce stade, aucune réaction officielle n’a été rendue publique par la direction de l’AGD ni par les autorités gouvernementales concernant ces accusations.
Signée par Djovany Michel, la note insiste sur un point central : les Douanes ne peuvent continuer à fonctionner dans des conditions qui compromettent à la fois la sécurité nationale, les finances publiques et l’intégrité de l’État.
Dans un contexte déjà marqué par une crise institutionnelle et économique profonde, ces dénonciations relancent le débat sur la gouvernance des institutions publiques et la nécessité de mécanismes de contrôle plus transparents.
Reste désormais à savoir si ces accusations donneront lieu à des enquêtes officielles et à des mesures concrètes, ou si elles viendront s’ajouter à une longue liste de signalements sans suite.

