Les tensions transatlantiques prennent un tournant inattendu. Selon des informations exclusives de l’agence Reuters, l’administration Trump envisagerait d’imposer des sanctions inédites contre certains hauts responsables de l’Union européenne, en réaction directe à la mise en œuvre de la loi européenne sur les services numériques (Digital Services Act – DSA).
Une réponse musclée à une loi controversée
Entrée en vigueur progressivement depuis 2023, la DSA impose aux géants du numérique des obligations accrues en matière de modération des contenus, de transparence algorithmique et de lutte contre la désinformation. Si l’Union européenne la présente comme une pierre angulaire de la souveraineté numérique européenne et de la protection des citoyens, les États-Unis y voient une attaque voilée contre leurs entreprises technologiques phares – Google, Meta, Amazon ou encore X (ex-Twitter).
D’après plusieurs sources proches du dossier, Washington envisagerait des restrictions de visa ciblant des fonctionnaires européens directement impliqués dans l’élaboration ou l’application de la loi. Cette riposte diplomatique, si elle se confirme, constituerait un précédent dans les relations transatlantiques. Jamais auparavant les États-Unis n’avaient sanctionné des représentants d’institutions alliées sur la base d’une législation interne.
Une administration Trump fidèle à sa ligne dure
Depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, Donald Trump a adopté une posture de fermeté vis-à-vis de Bruxelles. Fidèle à sa rhétorique « America First », le président américain voit dans la DSA une mesure discriminatoire qui entraverait les intérêts économiques des entreprises américaines.
« Nous n’allons pas rester les bras croisés pendant que nos partenaires commerciaux pénalisent nos champions technologiques sous couvert de régulation », a déclaré un conseiller proche du président.
Des représentants du Département d’État auraient déjà tenu des consultations internes sur les contours juridiques de telles sanctions, tout en sondant discrètement certains alliés pour évaluer les répercussions diplomatiques d’une telle décision.
Des réactions prudentes à Bruxelles
À Bruxelles, les réactions sont mesurées mais la préoccupation est palpable. Un haut fonctionnaire européen, contacté par nos soins, a déclaré :
« Nous ne commenterons pas des spéculations, mais il est clair que l’Union européenne légifère de manière souveraine, dans l’intérêt de ses citoyens. Nous sommes ouverts au dialogue, mais ne tolérerons aucune pression extraterritoriale. »
La Commission européenne pourrait convoquer une réunion d’urgence si des mesures américaines devaient être officiellement annoncées. La question risque de rallumer un vieux débat sur l’équilibre du partenariat euro-américain : entre coopération stratégique et compétition technologique.
Le précédent d’une guerre numérique larvée
Ce nouvel épisode s’inscrit dans un contexte plus large de confrontation autour des normes numériques. Alors que la Chine développe son propre modèle autoritaire de gouvernance de l’internet, l’Europe cherche à affirmer une « troisième voie », fondée sur les droits fondamentaux et la transparence. Une posture que Washington perçoit de plus en plus comme une menace indirecte à son hégémonie technologique.
Pour les experts en relations internationales, cette escalade rhétorique pourrait déboucher sur une crise diplomatique si elle n’est pas désamorcée rapidement.
« Ce serait une erreur stratégique majeure que de transformer une divergence réglementaire en conflit politique », estime Caroline Dubois, analyste au European Policy Centre. « Les États-Unis doivent comprendre que l’UE ne vise pas leurs entreprises en tant que telles, mais défend une vision différente de l’espace numérique. »
Une crise évitable ?
Reste à savoir si les deux puissances parviendront à désamorcer cette tension grandissante. Certains diplomates plaident pour l’ouverture rapide d’un canal de dialogue bilatéral sur les questions numériques, à l’image du précédent Conseil du commerce et de la technologie (TTC), aujourd’hui à l’arrêt.
Dans l’intervalle, les regards se tournent vers Washington, dans l’attente d’une éventuelle annonce officielle qui pourrait faire basculer une divergence réglementaire en incident diplomatique majeur.