
Après avoir, à certains moments, semblé endosser le rôle d’avocat du diable dans le dossier opposant la municipalité du Cap-Haïtien à la compagnie Sunrise Airways, la mairie du Cap-Haïtien se retrouve aujourd’hui bénéficiaire d’une enveloppe de six millions de gourdes.
Six millions de gourdes : une somme qui, dans l’imaginaire populaire, pourrait presque être comparée à six millions de bougies déposées au pied de Saint-Croix, en attendant la procession de Notre-Dame.
Mais derrière cette image volontairement symbolique et les réjouissances qu’elle pourrait susciter, une question essentielle demeure : qui bénéficiera réellement de cette manne financière ? La municipalité, les festivités de Saint-Croix, celles de Notre-Dame ou, plus simplement, la population capoise ?
La question n’est pas anodine.
Le Cap-Haïtien demeure confronté à d’importants défis structurels : insuffisance des infrastructures, problèmes d’assainissement, difficultés de circulation, dégradation de certains espaces publics et faiblesse des services municipaux. Dans un tel contexte, six millions de gourdes, même si ce montant peut paraître relativement modeste au regard des besoins de la ville, représentent néanmoins des ressources publiques qui doivent être utilisées avec rigueur, discernement et responsabilité.
Il ne saurait donc être question de considérer cette somme comme une simple récompense politique, une contribution circonstancielle aux festivités ou une ressource destinée à disparaître dans les méandres des dépenses administratives.
Chaque gourde provenant d’une institution publique ou attribuée à une collectivité territoriale doit pouvoir être justifiée.
Les citoyens capois sont en droit de savoir dans quelles conditions ces six millions de gourdes seront administrés, quelles seront les priorités retenues, qui en assurera la gestion et, surtout, quels résultats concrets la population pourra en attendre.
La transparence ne doit pas être une faveur accordée aux citoyens. Elle constitue une exigence fondamentale de la gestion publique.
Si cette enveloppe doit contribuer au développement du Cap-Haïtien, elle devrait prioritairement soutenir des actions susceptibles de produire des résultats durables et visibles : amélioration de l’assainissement, entretien des voies publiques, gestion des déchets, réhabilitation de certains espaces collectifs ou encore renforcement des services municipaux.
Car le Cap-Haïtien n’a pas seulement besoin de cérémonies, de discours et de symboles. La ville a besoin d’actions concrètes.
Elle n’a pas besoin de simples bougies financières qui brillent pendant quelques jours avant de s’éteindre dans l’indifférence. Elle a besoin d’investissements capables d’améliorer durablement le quotidien de ses habitants.
Les six millions de gourdes ne doivent donc être perçus ni comme une offrande à Saint-Croix, ni comme une procession financière en direction de Notre-Dame. Ils doivent être considérés comme une ressource qui, d’une manière ou d’une autre, doit profiter au Cap-Haïtien et à ses citoyens.
La véritable question n’est finalement pas de savoir où seront déposées les bougies, mais qui en assumera la facture et qui en bénéficiera lorsque les flammes se seront éteintes.
Car lorsque les festivités seront terminées, lorsque les foules auront regagné leurs foyers et que les bougies auront cessé de brûler, les problèmes du Cap-Haïtien, eux, seront toujours là.
Et c’est précisément à ce moment-là que les six millions de gourdes devront démontrer leur véritable valeur : non pas dans les discours, mais dans les résultats.
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