
Dieudonné Larose s’est éteint: Haïti perd une voix emblématique du konpa
Haïti est en deuil. Ce vendredi 9 janvier 2026, Dieudonné Larose, monument de la musique haïtienne et fondateur du légendaire groupe Missile 727, s’est éteint à l’âge de 76 ans. Son décès met fin à des années de rumeurs autour de sa santé, mais surtout, il laisse un vide immense dans le paysage musical national.
Une voix née pour chanter
Né le 5 juin 1945 à Port-au-Prince, mais profondément enraciné dans le Nord, Jacmel, l’Artibonite et Limbé, Dieudonné Larose n’a jamais choisi la musique: c’est elle qui l’a choisi. Élevé par une mère passionnée de salsa, merengue et cumbia, et un beau-père amateur de fêtes, il grandit dans une atmosphère où la musique était omniprésente. Dès l’enfance, il chantait dans les rues, au bord de la mer, sans savoir que sa voix l’emmènerait si loin.
« Je n’ai pas choisi la musique, c’est elle qui m’a choisi », confiait-il un jour dans les studios de Haiti Inter, lors d’une soirée empreinte de souvenirs et de mélodies.
Une carrière forgée dans la passion et la lutte
Dieudonné Larose n’a jamais eu de plan B. Designer, boulanger, cuisinier, karatéka, footballeur… il a tout essayé, mais la musique restait sa vocation première. Il se plaisait à dire qu’il était né ARTISTE, en lettres majuscules.
Sa carrière débute modestement dans des groupes de quartier, avant de prendre son envol avec Shoogar Combo, son premier tremplin professionnel. Mais c’est avec Dixie Band, puis Missile 727, que son talent explose. Des titres devenus cultes comme « Accident », « Mandela », « Jolie Minou » ou encore « Guerre Mondiale » l’imposent comme une figure incontournable du konpa haïtien.
Une voix engagée, un micro comme tribune
Au fil des années, Larose affine sa plume. Son micro devient une arme, sa voix une tribune. Il dénonce, rassemble, questionne. Son album Rassemblé marque un tournant dans sa carrière: « On a une plateforme. Il faut dire quelque chose qui serve aux jeunes, aux vieux, à tout le monde. » Son slogan: « Je dis tout haut ce que les autres ne pensent même pas tout bas. »
Il ne cachait rien: les trahisons, les échecs, les projets avortés. Le Missile 727, devenu un temps 747, portait la promesse d’un empire musical. Mais les luttes internes, les producteurs et les réalités de l’industrie musicale ont freiné son élan. « J’ai été victime du système. Mais je suis un combattant », affirmait-il avec lucidité.
Un héritage vivant
Père de 25 enfants et grand-père de 16 petits-enfants, Dieudonné Larose affirmait encore récemment être en pleine forme, sans « aucune contrainte corporelle ». Jusqu’au bout, il est resté fidèle à lui-même: charismatique, lucide, et profondément enraciné dans l’âme haïtienne.
Son héritage est immense. Il laisse derrière lui une discographie marquante, un style inimitable, et une contribution indélébile au patrimoine musical d’Haïti. Plus qu’un chanteur, il fut un témoin de son époque, un passeur de mémoire, un acteur majeur de l’histoire culturelle du pays.
Le rideau est tombé. Mais la voix de Dieudonné Larose continue de résonner dans le cœur du peuple haïtien, comme un écho éternel de sa passion, de son combat et de son amour pour Haïti.
René Josué
