Par Verly Léonce PIERRE /PROMAGAZINE
Partir, recommencer ailleurs, espérer une vie meilleure. Pour des milliers d’Haïtiens, l’exil est devenu une nécessité plus qu’un choix. Mais derrière les photos souriantes sur les réseaux sociaux se cachent souvent des histoires de solitude, de ruptures familiales et de sacrifices dont on parle très peu. Installé en France, l’auteur-compositeur-interprète Jonas DESTIN a choisi de mettre cette réalité en musique avec son nouveau single « Ou pa dyaspora ». Sans condamner ceux qui quittent le pays, il questionne un système qui pousse toute une génération à l’exil et invite à une réflexion sur les conséquences humaines de cette migration. Pour PROMAGAZINE, l’artiste revient sur l’inspiration de cette chanson et le message qu’il souhaite transmettre.
PROMAGAZINE : Jonas, votre nouveau titre « Ou pa dyaspora » aborde un sujet particulièrement sensible. Pourquoi avoir choisi de raconter cette réalité ?
Jonas DESTIN : Parce que cette histoire est celle de beaucoup d’entre nous. En Haïti, presque chaque famille connaît quelqu’un qui est parti. Certains ont laissé un conjoint, des enfants, des parents ou des projets derrière eux avec l’espoir de trouver une vie meilleure. Malheureusement, une fois arrivés, beaucoup découvrent une réalité bien différente de celle qu’ils imaginaient. Certains racontent leur quotidien sur les réseaux sociaux, d’autres souffrent en silence. J’ai voulu donner une voix à ces personnes.
PROMAGAZINE : Votre chanson met aussi en lumière les blessures laissées par la séparation. Selon vous, quelles en sont les principales conséquences ?
Jonas DESTIN : Les conséquences sont profondes. On parle souvent des opportunités économiques, mais rarement des dégâts émotionnels. Des couples se brisent, des enfants grandissent loin d’un parent, des familles se retrouvent divisées pendant des années. Certaines personnes se sentent même obligées de couper les ponts avec leurs proches pour mieux s’intégrer ou pour régulariser leur situation. Derrière chaque départ, il y a souvent beaucoup de souffrance.
PROMAGAZINE : Vous évoquez également les sacrifices que certains acceptent pour obtenir des papiers. Était-ce une manière de casser le mythe du rêve américain ?
Jonas DESTIN : Absolument. Je ne voulais pas attaquer les migrants. Je voulais parler d’une réalité dont beaucoup n’osent pas discuter. Certains abandonnent leur carrière, leurs principes ou acceptent des situations qu’ils n’auraient jamais imaginées vivre simplement parce qu’ils veulent survivre ou obtenir des documents. Ce n’est pas une critique des personnes, mais une réflexion sur un système qui pousse parfois les gens à faire des choix extrêmement difficiles.
PROMAGAZINE : Dans votre message, vous dites que « se pa fòt yo, se sistèm nan ». Que souhaitez-vous dire par là ?
Jonas DESTIN : Je veux rappeler que beaucoup de ceux qui partent ne le font pas par plaisir. Ils fuient une réalité économique, sociale et politique très compliquée. Mon premier message s’adresse aux dirigeants haïtiens : ils doivent créer des conditions permettant aux citoyens de vivre dignement chez eux. Mon deuxième message est destiné aux jeunes : ne croyez pas que tout est facile à l’étranger. Enfin, j’invite chacun à faire preuve de plus de compréhension envers ceux qui vivent cette expérience.
PROMAGAZINE : Vous vivez en France. Cette chanson est-elle inspirée de votre propre parcours ?
Jonas DESTIN : Pas directement. La migration est un phénomène normal lorsqu’elle répond à un projet de vie ou à une formation. Ce qui m’a inspiré, ce sont surtout les histoires de proches et de connaissances. J’ai vu des relations changer, des familles souffrir, des amitiés disparaître. Cela m’a profondément marqué. Heureusement, je reste très attaché à ma famille, à mes amis et à mes responsabilités.
PROMAGAZINE : Quel message souhaitez-vous transmettre aux jeunes Haïtiens et à la diaspora avec « Ou pa dyaspora » ?
Jonas DESTIN : Je voudrais que chacun comprenne qu’il est possible de réussir sans renier son identité. Voyager, étudier ou travailler à l’étranger peut être une richesse, mais cela ne doit pas nous faire oublier qui nous sommes. Nous devons continuer à valoriser notre culture, notre langue, notre histoire et nos traditions. Je souhaite que cette chanson pousse les jeunes à réfléchir avant de prendre certaines décisions et rappelle à la diaspora qu’on peut réussir ailleurs tout en restant fidèle à sa famille, à ses valeurs et à son pays.
Un cri du cœur plus qu’une simple chanson
Avec « Ou pa dyaspora », Jonas DESTIN ne cherche ni à décourager les Haïtiens de partir ni à condamner ceux qui vivent à l’étranger. À travers un compas engagé, il met des mots sur une réalité que beaucoup connaissent, mais que peu osent raconter. Entre espoir, déracinement, sacrifices et quête d’un avenir meilleur, l’artiste invite à regarder au-delà des apparences et rappelle que, derrière chaque migrant, se cache une histoire humaine.
Les liens directs vers la chanson
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